Mon oreille est allée se promener du côté de la Lituanie, drôle de destination pour une oreille me direz vous et pourtant elle y a fait une bien belle découverte: l'auteure-compositrice-interprète qui répond au doux nom d'Alina Orlova!

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"On l'appelle la petite soeur de Tchernobyl. Elle, ce n'est pas la chanteuse Alina Orlova – plus radieuse que radioactive –, mais la centrale nucléaire de Visaginas, petite ville perdue dans les forêts du nord-est de la Lituanie, aux confins baltes de l'Europe. Visaginas est une ville-champignon (atomique), créée au début des années 1980 pour accueillir les employés de ce qui était alors la plus grande centrale nucléaire d'Europe. Selon les exigences de l'Union européenne (dont la Lituanie est membre depuis 2004), la centrale a définitivement fermé ses portes à la fin de l'année dernière.

La jeune (22 ans) Alina Orlova a grandi à Visaginas. Son père travaillait à la centrale, sa mère était femme au foyer. Les loisirs étaient rares, l'ennui était grand. Si bien que la plupart des parents inscrivaient leurs bambins à l'école de musique. Dès l'âge de 7 ans, Alina Orlova apprend le piano classique. Mais elle n'aime pas ça. Ce qu'elle préfère pour échapper au quotidien, c'est lire et peindre. Elle rêve d'être artiste, de rencontrer des gens, de voyager, d'être libre.

Son passeport d'artiste internationale, c'est pourtant grâce à la musique qu'elle va le gagner. Vers 17 ans, Alina Orlova commence à écrire des chansons, qu'elle accompagne au piano. “Pour exprimer mes émotions, la musique était plus puissante, plus physique que la peinture, elle passe par le coeur plus que par le cerveau." Alina s'installe à Vilnius, la capitale du pays, fait des petits concerts et enregistre très vite son premier album, qui décroche un beau succès local. “Je suis assez connue en Lituanie et en Russie, je remplis les salles. C'est peut-être parce que je suis la seule à faire ce genre de musique indé", explique la chanteuse, sourire franc et regard vif sous un buisson de cheveux en feu.

Pour sûr, les chansons d'Alina Orlova ne ressemblent pas à ce qu'on connaît de la musique lituanienne (c'est-à-dire rien). Des chansons souvent très courtes (qui frôlent les deux minutes), intenses et légères. Des chansons chantées haut, lyriques et tendues, écorchées, parfois violentes, adoucies par quelques arrangements ciselés de cordes ou d'accordéon. Borderline, presque paniquées, des chansons de petite fille intransigeante, pas encore prête pour les compromis. “J'ai toujours peur qu'il y ait trop d'arrangements. Je considère que mes chansons sont complètes quand je les joue seule. Elles racontent des petites histoires, des traversées d'émotions. Et si elles sont courtes, c'est parce que ce sont les textes qui déterminent leur longueur. Je n'aime pas me répéter."

Les chansons d'Alina Orlova sont si courtes qu'elles semblent éphémères, de passage, et c'est ce qui fait leur charme singulier. Elles sont mélancoliques, mais elles n'ont jamais le temps d'être tristes. On y entend le grand vide des forêts lituaniennes et le voisinage des mélodies russes, mais aussi l'entrée dans l'Europe : Laukinis Suo Dingo a tout pour plaire aux fans de Frida Hyvönen ou de Regina Spektor. Contrairement à la centrale nucléaire de Visaginas, Alina Orlova pourrait exploser bientôt."


Stéphane Deschamps

Son deuxième album "Mutabor" sera dans les bacs le 11 avril prochain, vivement!!!